Les pratiques à risque sur internet

Les pratiques à risque sur internet : protection, éducation
et implication citoyenne des jeunes eux mêmes

La protection des mineurs sur Internet, en complémentarité d’une approche éducative est un sujet de préoccupation majeur du fait du développement régulier des activités des jeunes sur internet et du rajeunissement de leur âge de connexion. Du fait de la structure ouverte d’internet et de son importance dans la diffusion des informations, des connaissances et dans les échanges sociaux, l’attrait des jeunes pour Internet ne peut que s’accroître avec le développement de la société de l’information, et le sujet de la protection des mineurs restera structurellement crucial.

Actuellement, les Ceméa travaillent sur cette question en relation avec une approche d’éducation aux médias globale et en particulier à internet.

Au delà du rôle important de la médiation parentale dans un contexte de faible régulation de l’Internet et de la déontologie des professionnels, il nous apparaît nécessaire d’étudier le rôle crucial de l’éthique des jeunes eux-mêmes, par rapport aux attentes morales des adultes, en relation aux nouveaux médias. Il s’agit d’articuler les comportements à risque des jeunes sur internet et leur compréhension des enjeux éthiques.

Traditionnellement on distingue deux approches des valeurs et principes liés aux droits de l’homme : la morale comme imposition normative, universelle, abstraite et souvent implicite, qui insiste sur leurs devoirs et leurs obligations, responsabilités, voire sur le droit et la sanction ; d’autre part l’éthique comme morale pratique, opérationnelle, concrète, participative, affective, qui insiste sur leur capacité d’autonomie et de coopération pour donner un sens à leurs actions sur les réseaux.
Les jeunes sont globalement plus sensibles à l’éthique. Ils sont donc plus enclins à suivre les propositions d’auto-régulation des médias et les outils qui vont dans ce sens. La nature des nouveaux médias du numérique et des services de communication qui les accompagnent les y pousse également : les fournisseurs d’accès et autres opérateurs proposent des codes de conduite, des chartes déontologiques, et parlent d’autonomie et d’auto-régulation.

La plupart des chercheurs estiment que les jeunes préfèrent se fier à leurs groupes de pairs et aux modérateurs et autres webmestres qu’à leurs parents ou à des adultes lointains. Dans ce contexte, les jeunes semblent se fier à l’autorité de ceux qui leur sont le plus proches des activités sur les réseaux (pairs, modérateurs, éventuellement webmestre) qui délivrent une logique éthique (pratique, concrète, affective). L’autorité des parents et les principes moraux peuvent selon les groupes d’âge et les modèles familiaux, leur sembler distants, abstraits et loin de leur réalité médiatique.

La résolution des problèmes posés sur le net et les réseaux ne relève plus du simple règlement de contentieux entre deux personnes mais bien plus d’une prise de conscience collective de la nécessaire articulation entre les comportements à risque, pratiques éthiques et principes moraux des droits de l’homme. C’est d’ailleurs ce qui explique l’implication d’instances comme le Conseil de l’Europe, qui militent pour des réseaux basés sur les droits de l’homme, ou le Forum mondial de la gouvernance d’Internet.

Les Ceméa proposent actuellement, dans un travail de recherche, de réfléchir collectivement pour réconcilier les principes moraux (la dignité de la personne) et les pratiques éthiques, et de trouver les moyens d’une pédagogie des droits que les jeunes peuvent s’approprier. Ce travail de recherche nécessite de tester la connaissance que les jeunes ont des outils de régulation et d’autorégulation des opérateurs, leur compréhension des enjeux éthiques, leur appropriation des enjeux moraux universels des droits de l’homme. Il se place donc dans une perspective de transmission de la citoyenneté, plus encore que dans une perspective de santé publique, même si les deux ne s’excluent pas.
Ces travaux visent aussi à évaluer les usages éthiques créés par les jeunes pour parvenir à une approche partagée et solidaire de la protection et de la participation. Ils devront tenir compte de l’importance du rôle joué par la médiation parentale et de la spécificité des âges de l’adolescence et de l’ « adonaissance ».

La problématique proposée vise à passer d’une logique où il faut protéger les enfants et les adolescents des « dangers » des réseaux à une logique impliquant tous les acteurs, de prise de conscience collective des risques, qui s’ils sont reconnus, sont évitables. Il faut articuler une logique de santé publique à une logique de citoyenneté et d’éducation. Il s’agit aussi de ne pas opposer protection par les adultes et l’Etat et participation à la protection par les opérateurs et les jeunes. Protection et participation peuvent-elles être élaborées en continuité et en complémentarité l’une de l’autre ? Comment ? Les pratiques éthiques des jeunes ont-elles des conséquences sur leur connaissance et leur évitement des contenus et des comportements à risque ? Comment concilier les pratiques d’auto-protection des jeunes avec l’offre déontologique des opérateurs ? Comment intégrer ces démarches dans un projet d’éducation aux médias ?

Christian Gautellier
Directeur du département « Enfants, écrans, jeunes et médias » des CEMEA France
Vice Président du CIEM (Collectif interassociatif Enfant et médias), France.

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